Si je pouvais revivre ça...

by - lundi, février 10, 2014


Si je pouvais revivre ça, je m'installerais à un coin de table avec lui, pendant une réunion familiale, nous parlerions pendant des heures, à notre façon, avec nos mots, comme nous l'avons si souvent fait pendant les presque six ans où il m'a accompagnée, mon Pépé muet.

Si je pouvais revivre ça, je repasserais une après-midi avec ma drôle de compagne d'enfance, celle qui a supporté des après-midi entières des jeux que ses congénères n'auraient pas supporté dix secondes, et encore, je suis large... Oui parce que, quand j'étais môme, ma copine du mercredi, c'était une pie !

Si je pouvais revivre ça, je ne casserais pas tous ses jouets, je ne virerais pas les petites roues de son vélo avant de la lâcher dans la descente de garage, je ne grimperais pas dans le landau de sa poupée... En un mot, je ravalerais ma jalousie d'aînée et je serais bien plus gentille avec elle, ma sœurette.

Si je pouvais revivre ça, je rechanterais du Michel Sardou à tue-tête dans la voiture sur la route des vacances, la nationale, parce que l'autoroute, c'est trop cher. On s'arrêterait pour dormir quelques heures entre Grenoble et Gap, on achèterait une tarte du Champsaur juste avant d'arriver et je piaillerais pendant trente secondes, uniquement histoire de me faire remarquer, parce que se baigner dans de l'eau à 17°, c'est vraiment crop crop dur !

Si je pouvais revivre ça, je bosserais un peu au lycée. Enfin, un peu plus. Mais bon, les copines, les soirées et surtout les garçons, c'était vachement plus intéressant. Une chose est sûre : jamais je ne me serais embarquée dans une voie scientifique, l'expérience m'a montré que c'était tout sauf fait pour moi.

Si je pouvais revivre ça, je dormirais à la belle étoile encore et encore, je savourerais ces incroyables nuits d'août sous un ciel magique, les frissons, les émois, là-haut, dans la montagne.

Si je pouvais revivre ça, je reviendrais préparer des terrines, des gâteaux, une blanquette de veau avec celle qui est et restera la plus belle personne qui ait traversé ma vie, elle me manque chaque jour depuis plus de vingt-trois ans maintenant. Je sais que sans elle, je ne serai plus jamais entière.

Si je pouvais revivre ça, je renoncerais à essayer de comprendre. Et du coup, je ne gâcherais pas mes vingt-cinq ans dans les larmes, à tenter de récupérer et de réparer un par un chacun des morceaux de mon cœur brisé.

Si je pouvais revivre ça, je crois bien que j'allumerais des bougies et que je glisserai ce CD d'Alanis Morissette dans le lecteur... "The moment I let go of it was the moment I got more than I could handle"... Inavouables moments !!!

Si je pouvais revivre ça, j'ouvrirais à nouveau cette porte un soir de décembre, et comme je l'ai fait ce soir-là, je refuserais les excuses, les regrets, la proposition de tenter de repartir de zéro... Mais je ne passerais pas plus de dix ans à le regretter : tout ce que j'ai fait et dit à ce moment, c'est ce qui m'a menée ici aujourd'hui. Et je ne veux être nulle part ailleurs.

Si je pouvais revivre ça, je profiterais de cette dernière soirée passée avec elle, c'était le mariage de ma sœur, je savourerais encore ces éclats de rire partagés, je la serrerais fort dans mes bras et lui dirais combien je l'aime. Et je ne voudrais pas plus réaliser que je ne l'ai fait à ce moment-là que c'était la dernière fois que je la voyais.

Si je pouvais revivre ça, je revivrais les départs, les échecs, les espoirs, les erreurs et les peines, ces neuf mois qui ont changé ma vie à tout jamais. Neuf mois pour me délester d'une existence où je m'étais abîmée, dans laquelle je m'étais perdue surtout, peut-être les neuf mois parmi les plus difficiles que j'ai eus à vivre, mais quelle fierté d'avoir réussi à me redresser après les avoir traversés !

Si je pouvais revivre ça, j'écouterais à nouveau ces mots magiques, un soir, dans l'effervescence d'une gare, ces mots qui m'ont enchaînée puisque j'ai su instantanément que je ne pourrais jamais oublier celui qui les avait prononcés. Ces mots qu'il me dit encore si souvent aujourd'hui.

Si je pouvais revivre ça, je prendrais soin de moi, j'écouterais mon corps, je ferais passer ma vie perso avant le travail, et alors peut-être que je ne l'aurais pas perdu, ce bébé qui poussait en moi, cet Héritier tant espéré...

Si je pouvais revivre ça, je plaquerais tout et n'attendrais pas quinze jours avant de faire la connaissance de la plus merveilleuse des petites filles de la Terre, mon niéçou d'amour. Mais, dans le même temps, je donnerais tout pour revivre l'instant magique du premier regard que nous avons échangé, un regard qui m'a chavirée d'amour comme jamais.

Si je pouvais revivre ça, je ne laisserais personne me dire que je ne suis pas celle qu'il faut que je sois, je ne courberais pas l'échine et je prendrais mon plus beau sourire pour leur dire combien je les emm*rde, qu'ils peuvent toujours tenter de me briser, moi au moins, je pourrai jusqu'à la fin des temps me regarder droit dans les yeux dans un miroir.

Si je pouvais revivre ça, tout ça, je le ferais le cœur et les yeux immensément ouverts. Pour me nourrir jusqu'à m'en gaver de ces présences si précieuses, de ces moments où les sentiments et les sensations sont plus puissants que le plus puissant des ouragans.
Si seulement je pouvais revivre tout ça...
Et puis, en y pensant, je me dis que je suis très bien où je suis. Comme je suis. Maintenant. Que c'est tout ça, toutes ces choses que j'imagine pouvoir revivre en les écrivant à ce moment précis, toutes ces petites choses et peut-être même un peu plus, qui font celle que je suis aujourd'hui. Et que même si je ne la tiens pas en très haute sympathie, y'a probablement bien pire, comme compagnie...

*** Sur une idée de Madame Parle. ***

*
Photo We♥It.

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14 commentaires

  1. C'est un très joli texte, poignant et émouvant.
    Et je suis entièrement d'accord avec toi, ce sont toutes nos expériences passées, heureuses, parfois malheureuses et difficiles, qui font ce que nous sommes aujourd'hui. On peut aimer ou pas certaines. Mieux vaut l'aimer, ca rend le quotidien plus doux. Et puisque on ne peut réécrire le passé, autant se focaliser le présent et trouver l'énergie de changer quelques petites choses pour demain!
    <3

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  2. ouh ama biche je suis émue d'être quelque part à l'origine de ce magnifique billet! love sur toi au présent :)

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  3. c'est un très bel exercice.... et une bien jolie confession ! bises

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  4. Tu m'as beaucoup émue...Très joli billet. Je t'embrasse fort passe une belle journée !

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  5. C'est beau, touchant, émouvant....Un très joli billet que je relirais quand j'aurais envie de revivre tout ça...Bonne journée...

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  6. Très belle conclusion que je partage intensément ♥

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  7. fleur lilas (Béa)10 février 2014 à 10:22

    C'est un très beau texte tout en émotion ! Bonne journée.

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  8. Beau texte et parfois on a pas toujours le choix.

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  9. C'est émouvant et ta conclusion me plait encore plus...

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  10. j'adore cet article et moi aussi je referais tout ou presque ce que j'ai vécu même les pires folies et je moi je te trouve très bien ....
    bises

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  11. Joli article... Nostalgique et positif...

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Et si tu me laissais un petit mot...?