C'est un dimanche de juillet. Comme un autre. Enfin presque : un soir de finale de Coupe du Monde, un soir de petits bals populaires et de feux d'artifice. Toi, tu es restée chez toi. Tu regardes tranquillement les Teutons accrocher une quatrième étoile à leur maillot blanc, ça t'énerve, toi, tu étais pour l'Argentine de Messi. Tu te dis que la soirée est belle, que les chats ont bien raison d'en profiter.
Et puis vient se moment où tu veux aller te coucher. Problème : il en manque deux à l'appel. Tu en retrouves une sur le chemin agricole derrière chez toi, en compagnie du matou des voisins, ni l'un ni l'autre n'ayant l'air très décidés à passer leur nuit à l'intérieur. Tu as un mal fou à la récupérer. Et tu ne sais toujours pas où se trouve la dernière... Tu retournes à la maison, chercher l'arme ultime : le sachet de croquettes, le truc qui fonctionne à tous les coups. Tu le secoues dans ton jardin, tu le secoues dans la rue, tu le secoues dans les champs, beaucoup, longtemps, et toujours pas de trace de ta petite fugueuse.
Tu rentres malgré tout, mais rechignes à te coucher. Tu es certaine de l'avoir entendue miauler, tu retournes toute la maison, tu vas même regarder dans le four. Tu connais toutes ses planques et te retrouve à agiter bêtement ton sachet de friandises lapin-poulet devant chacune d'elle, toujours rien.
Au bout d'un moment, épuisée, énervée, tu te décides quand même à te glisser sous la couette. Tu gamberges, et te souviens qu'il devait être à peu près 18 heures la dernière fois que tu l'as vue, une éternité en somme. Ton pépèràchats, lui, te rejoindra, bien plus tard, après être ressorti une fois, deux fois, dix fois. Sans plus de succès que toi.
Et puis, à 1 heure, tu ne dors pas, pas plus à 2 heures, 2 heures et demi. Toujours pas à 3 heures. Ni même à 4. En fait, tu ne dors pas de la nuit, enfin si, un peu, mais mal, très mal, d'un sommeil rempli de cauchemars, entrecoupé de réveils en sursaut parce que, tu en es sûre, là, tu as entendu miauler. Tu en es certaine, et pas n'importe quel miaulement, c'était le sien. Parce que, oui, une mémèràchats reconnaît toujours la voix de son petit félin quand il appelle.
Tu te réveilles à 7 heures. C'est le 14 juillet et tu te réveilles à 7 heures. Sans réveil, mais avec une horrible boule dans le ventre. Tu vois bien que tu n'es pas la seule à qui ça noue les tripes. Ton Chéri prend sa voiture, ratisse le quartier, la ville, prend même la quatre voies en pensant au pire... Mais une petite heure plus tard, c'est bredouille qu'il revient. Enfin, avec Chiffon dans les bras, parce qu'il le sait bien, quand tu ne vas pas bien, un câlin avec elle, ça ne change fondamentalement rien mais ça te calme. Parce qu'elle sent bien qu'il y a un truc qui cloche en plus. Alors la Chiff' se fait toute douce, toute tendre, se love contre toi en ronronnant, et toi, ça te donne encore plus envie de pleurer sur l'absence de ta Minuscule.
Tu sors de ton lit, mais juste pour mieux t'effondrer sur le canapé. Mais où peut-elle bien être...? Enfin, là, je t'offre la version soft, parce que, dans la réalité, elle est copieusement agrémentée de très nombreux et très vilains mots qui feraient rougir n'importe quelle oreille un peu prude.
Tu traînes dans la maison comme un zombie, ne fait absolument rien de tout ce que tu avais programmé pour ta matinée. Tu lis, tu pleure un peu, tu t'installes finalement devant le défilé à la télé, là, tu t'endors, forcément. Et quand tu te réveilles, toujours pas de fauvette. Pire : tu sens l'angoisse grandir chez ton Amoureux... Même si, tous les quarts d'heure, l'un de vous y va de son "Faut pas s'inquiéter, elle va revenir".
Tu appelles tes parents, tu chouines un peu. Eux, ils ont des tas d'histoires à te raconter, des histoires de chats qui partent se balader pendant une semaine et qui reviennent, comme ça, un jour, comme s'ils étaient partis deux heures avant, comme si de rien n'était. D'ailleurs rappelle-toi, ton vieux Chat-Sœur, il t'avait déjà fait le coup, mais ces trucs-là, ton esprit met toujours une application exemplaire à les effacer. Et puis les histoires des autres, tu t'en fous un peu : c'est de ton chat qu'il est question aujourd'hui, ça fait même pas encore une journée que tu ne l'as plus vue mais tu n'en peux déjà plus. Tu planifies ta journée du lendemain : faire des affiches pour la retrouver, passer chez le vétérinaire pour voir s'il peut t'aider, déclarer sa perte à la mairie, demander à tes voisins s'ils ne l'ont pas aperçue...
Finalement, tu te décides quand même à déjeuner. Dans une ambiance de plomb. Et quand je dis "déjeuner", c'est un bien grand mot pour un quart de melon et une tranche de pastèque avalés les yeux dans le vide, quasiment sans parler. Il se lève de table, entre dans la cuisine pour mettre son assiette dans le lave-vaisselle, toi, pendant ce temps-là, tu picores, pas certaine d'arriver à terminer ce que tu t'es servie.
Et puis, dans ton oreille gauche, un miaulement, à la fois suraigü et insistant, un de ceux que tu reconnaîtrais parmi tous les miaulements de la Terre : elle est là, à mi chemin entre Lui et toi, posée sur son petit cul, ses grands yeux verts allant de l'un à l'autre... P*tain, elle est là !!!!!! Tu la prends dans tes bras, pleures un peu contre sa fourrure toute douce, sens ton cœur redevenir léger léger et lui sers un grand bol de croquettes bien méritées.
Tu ne saura jamais où elle était passée, mais tu n'oublieras certainement pas ces dix-neuf heures qui t'ont paru en durer le double. Mémèràchats, c'est pas si simple que ça...!
*** Avec des tas de pensées pour
Lô et sa Marcelle. ***
*